mercredi 13 septembre 2006

Une grille de lecture marketing, tirée de la philosophie de Spinoza.

Comme cela avait fait l'objet d'une discussion avec Yannick lors d'un déjeuner, j'avais l'intuition que le marketing devrait de temps en temps se (re)plonger dans la philosophie. Ne serait-ce que pour rechercher le sens. C'est ainsi que je lis (et relis, parce que mes neurones souffrent) ce livre de JF Revel qui m'a entre autres fait redécouvrir Spinoza. Et en creusant, j'ai trouvé qu'effectivement Spinoza fournissait une grille de lecture intéressante de la perception. Et la perception, c'est important lorsqu'on véhicule un message.

Spinoza synthétise et résume 4 formes de perception :
 
a) par ouï-dire
La première forme fait appel à ce que l'on sait d'évidence, sans qu'on éprouve le besoin de le vérifier. Je connais le jour de ma naissance... Je peux connaître la circonférence de la Terre, sans pour autant prendre mon décimètre pour en faire le tour. 

Cas d'application : Lorsque Darty prend la parole, on rattache cela directement à la garantie, même si on a jamais acheté un produit chez eux et été confronté à leur service garantie.
 
b) par une certaine expérience vague
La deuxième fait référence à l'intuition, une vague perception des choses. Nous savons tous que nous allons mourir, car c'est ainsi. Nous l'avons vu autour de nous.

Cas d'application : Un copain me racontait que Carrefour ressortait des études consommateurs comme une marque chère en Turquie alors qu'il avait beau comparer sur XLS l'ensemble des produits, il était moins cher produit par produit. C'était oublié le fait que l'agencement était tellement bien fait que les gens avaient tendance à plus remplir leur charriot que lorsqu'ils allaient chez un concurrent.

c) par la conclusion d'une chose d'une autre chose
La troisième fait référence à une déduction logique de ce que nous percevons. En prenant du recul par rapport à un objet, il nous paraît plus petit. C'est ainsi que l'on déduit que la taille de la lune est bien supérieure réellement à l'idée que l'on s'en fait lorsqu'on la regarde.

Cas d'application : Si l'on vous promet un "satisfait ou remboursé", vous pouvez en déduire que le produit est bon (?).

d) par la seule vertu de son essence
La quatrième concerne une compréhension immédiate et instantané de ce que nous percevons.

Cas d'application : le Woosh de Nike qui suffit désomrais à signer les publicités. Même plus besoin de voix off, de musique, de signature... nous percevons l'ensemble de la marque et de ce qu'elle représente, véhicule.


Pour être tout à fait complet, il faudrait peut-être hiérarchiser les 4 modes de perceptions et voir comment un message peut évoluer pour passer d'une forme à une autre. Si certains s'en sentent le courage, qu'ils n'hésitent pas...
Egalement, si vous estimez que mes cas d'applications ne sont pas judicieux, n'hésitez pas à en proposer.

Enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ces 2 extraits (TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L'ENTENDEMENT ET DE LA VOIE QUI MÈNE À LA VRAIE CONNAISSANCE DES CHOSES) concernant la mémoire et l'oubli, que j'estime suffisamment clairs pour ne pas en rajouter :

"plus une chose est intelligible, plus facilement elle est retenue ; et au contraire, moins elle est intelligible, plus facilement nous l'oublions."

"La mémoire est fortifiée aussi sans le secours de l'entendement, et cela par la force avec laquelle 1'imagination ou le sens qu'on appelle commun est frappé de quelque objet corporel particulier. Je dis particulier, car ce n'est que par les objets particuliers que l'imagination est frappée. Qu'on lise, par exemple, une seule pièce d'intrigue amoureuse, on la retiendra parfaitement tant qu'on n'en aura pas lu plusieurs du même genre, parce qu'alors elle est seule à régner dans l'imagination ; mais qu'il y en ait dans l'esprit plusieurs du même genre, nous les imaginons toutes ensemble, et il est facile de les confondre."

Qui a dit qu'on ne pouvait pas méditer sur le marketing ?

 



4 commentaires:

  1. Article très interessant mais cela veut-il dire qu'il faut que je relise tous mes livres de philo de terminale ?
    Pour ton exmple sur Darty, n'est ce pas du plus à un mattraquage publicitaire qu'a une évidence ?

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  2. Spinoza au secours du marketing ?
    Pour relire Spinoza dans le texte, il faudrait que le marketing vienne un peu au secours de Spinoza !
    En tout cas, note passionnante. ces rapprochements sont toujours porteurs de richesses.
    Henri

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  3. @Cedric : il faut distinguer le moyen pour obtenir une forme de perception de son état obtenu.
    @Henri : C'est ce que je me disais en Terminale lorsque je sortais d'une heure de piscine intensive... mais je sais que toi-même fait des rapprochements intéressants entre la science et le marketing.

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  4. Je découvre ton blog et je viens de te bookmarker avec enthousiasme : quelle joie de lire un post cultivé et intelligent ! Quel bonheur aussi de voir un marketeur réfléchir plus loin que le bout de son nez et se poser enfin des questions !
    Je crois que je vais conseiller ton blog à big boss. Avec un peu de chance, ses neurones vont se remettre en marche en retrouver une activité cérébrale normale. Enfin peut-être ...

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