mardi 28 novembre 2006

Lettre ouverte à M. de Rothschild

Monsieur,



Vous avez souhaité permettre au journal Libération de poursuivre son aventure. Vous avez pour cela déjà investi des montants élevés. Dans un premier temps, vous avez renouvelé votre confiance à l'équipe fondatrice, pensant que ces gens vous seraient redevables de votre soutien, tant financier que moral. Vous n'avez pu que rapidement constater que sous couvert de défense de l'indépendance, ces gens n'étaient préoccupés que de leur liberté, si coûteuse soit-elle. En homme d'affaires avisé, vous avez pris votre décision et tranché. Vous êtes à nouveau prêt à remettre de l'argent dans cette structure -  5 millions d'euros personnels permettant de procéder à une augmentation de capital de 15 millions d'euros si j'en crois ce que je lis dans Libération : http://www.liberation.fr/dossiers/liberation/serge_depart/218381.FR.php (pour l'anecdote, j'espère que vous noterez que les articles sont rangés dans un dossier "serge_depart"...). En contre-partie, vous souhaitez une véritable remise en cause du fonctionnement du journal. Est-ce réellement envisageable dans ce type de structures ? Est-il raisonnable de confier cette mission à un homme du sérail ?



Je n'ose imaginer ce que l'on peut faire avec 15 millions d'investissements. Enfin, si, en fait. Sûrement démarrer une belle aventure. Mais appliquer un lifting sur une vieille décrépite, je n'y crois pas. Ce n'est pas un problème de chirurgie plastique. C'est un problème de génétique. Il n'est qu'à aller lire les réactions à la note de cette personne pour comprendre. Certaines réactions proviennent même de gens sont censés se dire "pourquoi pas ?", mais qui sont génétiquement programmés pour donner des leçons, donc refuser des avis.



La presse française va mal ? Sûrement. Elle est la plus chère d'Europe, la plus mal distribuée, la plus parisiano-parisienne, la plus entâchée d'inceste politique et économique, la plus arc-boutée sur des principes qui refusent les évolutions technologiques en cours, celle où il existe le moins de concurrence... La crise de confiance de la population envers ces médias est consommée. A l'heure des manifestations des banlieues il y a à peine un an, des journaux comme Libération ou Le Monde appelaient les internautes à télécharger les photos qu'ils prenaient sur le vif. Le résultat ? Ces médias ne reçurent que quelques dizaines de photos, tandis qu'un site comme Flickr en recevait des milliers par jour. Quelques journaux ouvrent la porte aux commentaires sur certains articles proposés au travers d'Internet. La faiblesse des participations ne peut que poser des questions. Comment expliquer qu'un journaliste de renom comme Alain Duhamel ait encore du travail, après avoir écrit un livre présentant les présidentiables oubliant Ségolène Royal. Les journalistes de notre époque étaient avec nos hommes politiques et nos décideurs sur les mêmes bancs de l'école, ils ont fait les mêmes études, ils dinent dans les mêmes brasseries.



La relation ne peut plus se faire selon un seul mode de distribution. Les entreprises ont commencé à sérieusement le comprendre depuis un certain nombre d'années. Seuls les groupes de presse semblent ne pas avoir pris la dimension de cette évolution. Ce qui fait la valeur journalistique, c'est l'investigation, pas l'éditorial. Que ce travail soit relayé sous forme de textes, de bandes sons, d'images, sur ordinateur, sur téléphone, au travers de la télévision, ou sur papier est un problème de technique et de logistique. La seule vérité qui me semble pertinente est qu'Internet constitue le coeur du système, avec ses synapses et ses organes. C'est évidemment une autre vision que ce qui peut exister actuellement, notamment quand on essaie de nous vendre de la dépêche d'agences de presse pour du travail de journaliste d'investigations.



Des projets nouveaux voient le jour. Qu'ils s'agissent de sites Internet verticaux d'informations, de sites relayant de l'audio, de la vidéo... Pourtant aucun nouvel Express n'émerge à ce jour. Peut-être un problème d'époque ? Peut-être aussi un problème de soutien ? Hors, si vous souhaitez investir 15 millions d'euros, je ne saurai que trop vous suggérez de découvrir ces sites, d'aller lire les suggestions et les idées qui existent en libre accès. Vous trouverez sûrement des gens frais, motivés, qui ont des projets de développements. Ne gaspillez pas une telle somme pour entretenir une traction alors que vous avez la possibilité de créer le nouveau moyen de locomotion de demain.



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