vendredi 19 juin 2009

Au-delà de la crise...

Une crise comporte une dimension éclair, rapide dans le temps, qui impose une prise de décision pour s'en sortir. Idéalement, la décision vise à revenir à la situation initiale, mais il est clair que c'est rarement le cas, la crise débouchant en général sur des modifications ou transformations de l'environnement qui obligent à définir de nouveaux modes de fonctionnements.

Alors que certains politiques, chefs d'entreprises... commencent à évoquer une soit-disant "reprise" qui ne peut être envisagée avant 2010, voire 2011, peut-on réellement encore parler de crise ? Ne serait-on pas plutôt dans une situation héritée d'au moins deux crises majeures que nous n'avons pas su détecter à temps et qui ont profondément et durablement modifié l'environnement de sorte que les règles appliquées jusqu'à présent ne permettent plus de fonctionner ? Les deux crises majeures auxquelles je fais allusion sont la crise financière d'une part et la crise écologique d'autre part. Toutes deux se sont signalées dès les années 1970 sans que nous ayons su réagir comme il le fallait à l'époque. Elles viennent de se percuter de plein fouet. Nous payons les pots cassés de ces aveuglements coupables.

Je ne crois pas qu'il y aura de phénomènes de reprise. La nouvelle donne est là. Les consommateurs vont revenir à l'essentiel : moins de produits industrialisés, préférence au naturel, à la proximité, avec le paradoxe de toujours chercher le moins cher. Prise de conscience générale que chacun est responsable de la situation de sur-exploitation : moins de voyages, donc impact sur le transport aérien, le secteur du tourisme... Conscience également que les nouvelles technologies sont là pour changer la donne mais qu'elles restent encore inabordables tant le différentiel de prix avec les offres classiques est trop important : arrêt des achats de voitures, reports de certaines réfections... dans l'attente de nouveaux moyens de se transporter, de se chauffer, de s'éclairer.

Il n'y aura pas de retour à la situation d'avant. Cela rend d'autant plus inquiétant les immobilismes actuels de beaucoup d'entreprises qui coupent, réduisent les coûts, baissent la tête, font l'autruche en se disant que demain ça ira mieux, avec ce vain espoir que demain ressemblera à hier...

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le rôle du Politique dans cette période, mais ce qui m'intéresse, c'est ce qui est en train de se passer pour l'Entreprise.

L'entreprise va devoir réapprendre la proximité. Cela signifie de re-décentraliser une certain nombre de décisions et réalisations. Le directeur de magasin va redevenir un commerçant et ne plus être un simple manager. Mais il jouera son rôle de commerçant en phase avec des valeurs.

L'entreprise va devoir réapprendre à tisser des liens avec son éco-système. Le secteur automobile a perdu depuis trop d'années les liens avec la recherche, l'innovation... constitués par un maillage de partenaires faits de petites sociétés, d'associations, de pouvoirs publics, d'universités et d'écoles. Comment expliquer autrement cette absence de remise en cause d'un autre mode de propulsion que le moteur à explosion ? Ce secteur est tellement englué dans cette logique qu'il n'envisage d'autre issue qu'en réduisant ses coûts de productions, n'ayant toujours pas compris que les clients ont depuis quelques temps intégré le fait que la voiture, en l'état, était sans avenir. Pourquoi acheter un produit qui ne porte aucun sens d'avenir ?

La matière première de l'entreprise est désormais l'information. L'information dans un mode de production reposant sur le contrôle / commande est un ensemble fini ; un stock dans lequel on puise. Dans un mode d'organisation fonctionnant sur l'échange, l'information est un flux qui irrigue tous les acteurs. L'information est la matière première de l'intelligence collective.

L'entreprise est une organisation sociale qui doit réunir une communauté de destins. Chaque employé est en train de devenir de plus en plus indépendant, auto-entrepreneur. Si le collaborateur appartient au maillage informationnel et relationnel de l'entreprise, il est alors un des ouvriers, producteurs de liens d'informations. Pour qu'il produise des liens efficaces, il faut qu'il adhère de lui-même à cet ensemble. La confiance constitue le socle de ses relations, qui se définit elle-même par le système de valeurs qu'on lui propose de partager.

 



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