lundi 15 février 2010

Be nice, ben voyons...

Il paraît que dans les recommandations sur le bon usage du blogging, enfin surtout lorsque l'on est un professionnel travaillant dans le secteur de la communication, du marketing, du conseil... c'est à dire un professionnel dépendant des entreprises qui annoncent, qui font de la pub, qui cherchent à communiquer avec leurs publics, nombre de "gourous" (principalement étatsuniens du reste) préconisent le mode "be nice". 

Autrement dit, ne parlez que de ce qui est bien. Ne soyez pas critiques, au sens où vous donneriez votre avis sur une erreur de communication, une opération à côté de la plaque, une incohérence, un manque d'engagement sincère. Par exemple, ne citez pas telle marque de constructeur automobile si vous êtes étonné que la pub corporate explique que cette année sera celle du lancement de la voiture électrique, quand 2 semaines plus tard une nouvelle pub explique que cette voiture "vous n'en avez pas besoin, mais vous la voulez..." ! Dans ce cas-là, chut... ne pas prendre position sur l'incohérence des propos, voire le cynisme par rapport à la crise récente qui devait tous nous amener à réfléchir et agir autrement concernant la surconsommation. Ne parlez pas des grandes chaînes de distribution alimentaire, sauf pour louer leur engagement dans le commerce équitable et bio. Ne parlez pas des entreprises du secteur pétrolier, sauf pour encenser leur stratégie de R&D qui vise à développer de nouveaux carburants. Ne parlez pas... sauf pour dire du bien. Oui, soyons tous "nice". A force de ne pas parler des vrais problèmes, nous devrions parvenir à construire un monde désaffecté (sans affect, sans émotion... vide). 

Soyez gentils... Montrez donc à ces entreprises que le dialogue est possible. Regardez, lorsque vous relayez sans aucune prise de recul, la grandeur des entreprises, vous obtenez plein de commentaires gentils et enjoués. Il est donc possible de construire un dialogue entre l'entreprise et les internautes qui respectent les attentes de la marque. Et tant pis, si ces internautes-là ne sont finalement pas les clients les plus importants de la marque. L'important, c'est que ça buzze. 

Il faut bien comprendre que le professionnel de la communication ne peut se permettre de froisser la susceptibilité d'un client potentiel. Il ne peut se permettre de se comporter comme un client lambda qui réagit avec ses tripes. Ce client-là de toute façon n'est jamais content et ne comprend rien à la publicité. Et s'il continue, on pourrait bien lui mettre un avocat aux fesses pour dénigrement de la marque. Non mais ! Le professionnel ne peut dans ce cas expliquer que la communication existante ne correspond pas à la réalité des choses ou induit des réflexes de défiance de la part de l'homo internetus de base. S'il disait cela, ce ne serait que pour se faire remarquer. Et on ne peut pas collaborer avec des fournisseurs qui n'adhèrent pas complètement à la stratégie de la marque. 

Je crains que le problème soit insoluble... Je ne sais pas si les blogs ou autres supports d'expressions sont morts ou en pleine expansion. Ce que je pressens, c'est une fracture (tiens, encore une fracture numérique) en train de se dessiner entre l'Internet gentil (avec son arsenal législatif et sa troupe de moutons joyeux) et l'internet qui va devenir de plus en plus underground et explosif (avec son arsenal de techniques de contournements, d'anonymisations...). 

Tout cela parce que selon la culture Mickey, il faut être "nice" au lieu des "responsable". 





1 commentaire:

  1. D'un côté, il y aura effectivement la "nice-itude" qui va aseptiser les propos, "Waspiser" les attitudes, de l'autre, il y aura les community managers qui vont nous préparer des beaux fake sur TripAdvisor, qui, dans quelques années, ne sera plus qu'un "tunnel de pub" comme l'a été la pub dans les magazines féminin (quand ils existaient encore, dans les années 2000...:-)...Ou encore, il y aura Bondy blog qui finira par ressembler à TF1 à force d'y inviter Huchon ou Villepin...Enfin, la culture Micro et sa copine Zap triomphera avec les brèves de Twitter, elles seules capables de capter l' attention de l'internaute au delà des 6 secondes max, qui seront la référence en terme de mesure d'audience (et l'on se souviendra de la notion du quart d'heure moyen comme d'une notion dinausorienne de la publicité)... Internet a quand même du souci à se faire....

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