mardi 23 novembre 2010

Le syndrome Edmond Dantès


Lorsqu'Edmond Dantes se retrouve au Château d'If, il ne sait pas pourquoi. Quelques années après son incarcération, il reçoit la visite d'un inspecteur des prisons. Sa seule demande est de pouvoir être jugé, ce qui serait pour lui le seul moyen de connaître de quoi on l'accuse... Rien n'est pire que l'incertitude dira-t-il grosso modo à l'inspecteur. Cela le conduit à un état proche de la folie. Il ne sait pas où il est. Il ne sait pas ce qu'on lui reproche. Il ne sait pas si on s'occupe de son dossier. Et effectivement, l'inspecteur ne fera rien, sans pour autant lui dire. 


J'ai toujours détesté l'absence de réponse... Cela me fait l'effet d'un dédain hautain qui est insupportable. Vous n'existez pas. Vous n'avez pas d'importance. 


On n'est jamais très loin de cet état de fait lorsqu'en tant que client on ne parvient pas à obtenir une réponse, on ne sait pas à qui s'adresser. Les process où les gens font ce qu'on leur a demandé sans donner aucune suite de communication impliquent une confiance hors norme dans le système. Le fonctionnement "adulte" serait que celui à qui l'on a demandé quelque chose revienne vers vous quand c'est fait. Dans le système normal, celui de la hiérarchie infantilisante, le déficit est trop souvent dans l'absence de communication sur ce que l'on a fait, voire a minima de ce que l'on est en train de faire ou prévoit de faire (dans ce cas-là, il est préférable de pouvoir indiquer également quand). Cela a tendance à créer des situations d'inconnues qui généralement grippent, voire bloquent le système, la résolution de la tâche en cours étant le signal pour pouvoir passer aux étapes suivantes.


 



mardi 16 novembre 2010

Leadership : profil Napoleon ou Koutouzov ?

Quand je vous disais que la littérature classique regorge de toute la matière utile au management... Guerre et Paix (Tolstoi) est ainsi, pour partie, une étude comparée entre deux modes de leadership. Certes l'étude est forcément un peu subjective étant donné la nationalité de l'auteur, mais c'est par ailleurs intéressant sur un autre plan de connaître la trace qu'a pu laissé notre Napoléon national, qu'ici on encense alors que dans la plupart des pays européens on abhorre. 


D'un côté nous avons donc Napoléon, boule d'énergie qui par sa seule volonté et son caractère imposés à son entourage proche mène tout cela à la baguette et tambour battant. Napoléon fait partie de ces leaders qui pensent influer directement, diriger, façonner, faire bouger les choses. De manière étonnante lorsqu'on reprend à tête reposée et avec un peu d'objectivité les décisions prises dans les grands moments, on peut s'apercevoir que si le résultat fût bien souvent heureux, ce n'est que rarement grâce aux décisions prises qui furent souvent inapplicables. Mais dans le même temps, la hardiesse et l'engagement individuel ont contribué à faire adhérer au projet de nombreuses ressources individuelles qui pour le coup ont pris les décisions et les initiatives qui s'imposaient lorsque nécessaire. 


De l'autre côté, nous avons Koutouzov, posé par l'âge et les excès, qui estime que ce qui doit être sera quand il sera temps. Son refus d'affronter l'armée de Napoléon en frontal, sa politique de la chaise vide pourrait passer pour de l'inaction. C'est au contraire dans sa détermination à empêcher ses généraux de vouloir se distinguer individuellement, au mépris de la conservation de la masse, qu'il agit. Il conserve les forces et aspire, dilue, défait progressivement son ennemi qui se lasse, perd le fil et finalement quand il s'aperçoit que personne ne veut s'opposer à lui - Moscou est désespérément vide lorsque Napoléon y arrive, décide de se retirer. Là encore, on érige la guerre des partisans (stratégie de guerilla) pratiquée par les Russes pendant la retraite des armées de Napoléon comme voulue. Vrai et faux. En fait, les Russes vont talonner les armées de Napoléon mais Koutouzov fera tout pour empêcher la grande bataille frontale et ce sont les initiatives individuelles qui vont provoquer ce harcèlement permanent. 


Le leader seul n'est rien. Il doit entraîner ses troupes, ses équipes. Il doit veiller à ce que les individualités ne portent pas préjudice aux autres, sans pour autant empêcher l'action lorsqu'elle devient inévitable. Le leader doit canaliser. Le leader doit toujours être dans le coup d'après. On ne peut pas changer grand chose au moment présent. 


 


 



mercredi 3 novembre 2010

De la francophonie

Il fut une époque, l'apogée se situant fin 18eme / début 19ème, où le Français était la langue qu'il fallait parler pour faire partie de certains cercles. Une des meilleures illustrations en est certainement le Guerre et Paix de Tolstoi où dès qu'il s'agit de sujets sérieux - entendez par là tout ce qui relève de l'âme et de la raison, toute la haute société russe s'exprime ainsi en Français. Et ce même lorsque la situation avec Napoleon est quelque peu tendu.


Il n'y a plus de haute société. Nous avons une jet-set. Il n'y a plus, ou très peu, de cercles se posant la question du sens général, du bien commun, des valeurs. Nous avons des trendsetters qui utilisent un sabir anglophone dont le mérite est d'être pratique a défaut de pouvoir développer des réflexions poussées et permettant de jouer sur les nuances.


C'est comme ça. On y peut rien. Bien sûr, on peut toujours se dire que la francophonie pourrait être une valeur importante à défendre, mais il semble que les lycées français qui ont formé tant de francophiles de par le monde disparaissent et que cette francophonie n'est finalement qu'un ersatz de la "Françafrique" (au fait, c'est toujours Toubon qui est le grand défenseur ?). 


Quand on parle de Social Media, de capital humain qu'il faut valoriser (sera-ce vraiment un jour un réel élément de valorisation d'une entreprise ?)... je doute qu'on arrive à quoi que ce soit avec la prédominance d'une langue dont la seule qualité est de permettre de rédiger des process sans âme.