mardi 16 novembre 2010

Leadership : profil Napoleon ou Koutouzov ?

Quand je vous disais que la littérature classique regorge de toute la matière utile au management... Guerre et Paix (Tolstoi) est ainsi, pour partie, une étude comparée entre deux modes de leadership. Certes l'étude est forcément un peu subjective étant donné la nationalité de l'auteur, mais c'est par ailleurs intéressant sur un autre plan de connaître la trace qu'a pu laissé notre Napoléon national, qu'ici on encense alors que dans la plupart des pays européens on abhorre. 


D'un côté nous avons donc Napoléon, boule d'énergie qui par sa seule volonté et son caractère imposés à son entourage proche mène tout cela à la baguette et tambour battant. Napoléon fait partie de ces leaders qui pensent influer directement, diriger, façonner, faire bouger les choses. De manière étonnante lorsqu'on reprend à tête reposée et avec un peu d'objectivité les décisions prises dans les grands moments, on peut s'apercevoir que si le résultat fût bien souvent heureux, ce n'est que rarement grâce aux décisions prises qui furent souvent inapplicables. Mais dans le même temps, la hardiesse et l'engagement individuel ont contribué à faire adhérer au projet de nombreuses ressources individuelles qui pour le coup ont pris les décisions et les initiatives qui s'imposaient lorsque nécessaire. 


De l'autre côté, nous avons Koutouzov, posé par l'âge et les excès, qui estime que ce qui doit être sera quand il sera temps. Son refus d'affronter l'armée de Napoléon en frontal, sa politique de la chaise vide pourrait passer pour de l'inaction. C'est au contraire dans sa détermination à empêcher ses généraux de vouloir se distinguer individuellement, au mépris de la conservation de la masse, qu'il agit. Il conserve les forces et aspire, dilue, défait progressivement son ennemi qui se lasse, perd le fil et finalement quand il s'aperçoit que personne ne veut s'opposer à lui - Moscou est désespérément vide lorsque Napoléon y arrive, décide de se retirer. Là encore, on érige la guerre des partisans (stratégie de guerilla) pratiquée par les Russes pendant la retraite des armées de Napoléon comme voulue. Vrai et faux. En fait, les Russes vont talonner les armées de Napoléon mais Koutouzov fera tout pour empêcher la grande bataille frontale et ce sont les initiatives individuelles qui vont provoquer ce harcèlement permanent. 


Le leader seul n'est rien. Il doit entraîner ses troupes, ses équipes. Il doit veiller à ce que les individualités ne portent pas préjudice aux autres, sans pour autant empêcher l'action lorsqu'elle devient inévitable. Le leader doit canaliser. Le leader doit toujours être dans le coup d'après. On ne peut pas changer grand chose au moment présent. 


 


 



2 commentaires:

  1. Merci JB pour ce post particulièrement enrichissant. La plupart du temps, on salut la réussite d'un chef, détat, d'un chef d'entreprise par le seul critère du résultat. De nombreux chef d'entreprise sont salués, pris en exemple car ils ont "réussi". Et ce jugemnt se porte la plupart du temps sans considération pour la manière avec laquelle le résultat a été obtenu.Un peu comme si au poker le facteur chance n'était pas pris en compte. Ce système de pensée est caractéristique de la pensée capitaliste. Deng Xiao l'a même érigé en règle pour amener la Chine sur le devant de la scène économique ("peu importe qu'un chat soit noir ou blanc du moment qu'il attrape les souris"). Il va de soit que l'histoire, comme tu le montre aujourd'hui, saura analyser par la suite le dessous des cartes et juger a postériori et de façon pertinente la "grandeur" réelle de tel ou tel leader. Nous aurons bien des surprises.

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  2. En dépit du fait qu'il n'était pas souhaitable d'avoir une adresse figure controversée du club, le président collé à ses canons et insisté sur le fait qu'il serait bon sens pour entendre l'autre côté de la question avant de prendre un vote sur la question. Il a maintenu son opinion et sa position sur la question, même si un certain nombre de membres ont tenté de lui faire changer d'avis.

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