mercredi 24 octobre 2012

L'homme d'Orange...

Cette affaire est cyniquement drôle dans le fond. Il y a un petit côté "hôpital qui se fout de la charité". 
Tout le monde s'offusque des propos outranciers du monsieur envers la personne de la SNCF. Or qui n'a pas hurlé, ou a minima maugréé, après les personnels de la SNCF au titre que globalement, dans l'imaginaire populaire, c'est une bande de jean-foutre payé à faire de même ? Oui, je sais, vous allez tous me dire "meuh non ! Pas jusque là, pas comme ça..."

 Maintenant, ce qui est amusant c'est que le protagoniste énervé est un gars de chez Orange (confirmation : L’homme filmé alors qu’il insultait une employé de la SNCF tenait des propos « fantaisistes »). Or, qui n'a pas hurlé après les gens d'Orange en les traitant de fonctionnaires ? de nantis en situation de monopole protégé ?

En fait, on peut se demander si le gars n'a pas reçu une bile déversée un peu plus tôt le matin sur sa tête. Et qu'il a tout simplement reproduit... Après tout, des gens qui gagnent plus de 70 K Euros et qui auraient traité un gars gagnant 70 K euros de smicard, ça peut se trouver... Surtout si l'on a quelques soucis avec sa ligne Internet, mobile, fixe, boxe ou autres. C'est finalement quasi la position d'Orange que d'expliquer que cet homme fait bien partie des murs, mais étant "en proie à des difficultés personnelles" il aurait tenu des propos "fantaisistes". Aussi le salarié recevra un "accompagnement" de soutien...

Cette "affaire" révèle ce qui se trame depuis de nombreuses années dans les sociétés anciennement étatiques qui sont passées sous droit privé. Les changements opérés dans ces sociétés sont violents parce que conduits par des fonctionnaires autocrates à qui l'on a toujours inculqué que le privé c'est le far-west et que c'est un environnement économique où l'on peut faire ce que l'on veut, le seul objectif étant financier. La ressource humaine est une variable d'ajustement. Ajouté à cela qu'au passage ces grands patrons ont vu leur salaire multiplié par 5, 10, 15, 20... estimant que c'était dû à leur mérite, et non à un hasard de sérail. Vous comprendrez alors que pour un petit cadre, travailler dans ces entreprises signifie que l'on est dynamique, tourné vers le succès. La réalité des compétences est bien entendu toute autre, mais que voulez-vous, c'est un problème de référentiel pour ces gens-là qui n'ont connu que ça.

Enfin, tout le monde a l'air de s'offusquer qu'un gars qui gagne bien sa vie (oui quand même) puisse faire montre de tant de grossièreté. Eh oui, l'argent ne fait pas le bonheur. L'éducation et le civisme ne sont pas corrélées à la feuille de salaire ou au niveau de patrimoine. Ce n'est pas une nouveauté que celui qui se sent fort se comporte comme un goujat afin de masquer ses faiblesses.

Cette affaire montre enfin que la "crise" d'image peut définitivement provenir de n'importe où. Le OFF n'existe plus, on commençait à le savoir depuis quelques temps pour les porte-paroles officiels des entreprises ou des institutions. Le OFF n'existe plus non plus pour n'importe quel employé... Les militaires connaissent bien cette exposition. En cas de problème dans la vie civile, ce n'est pas en tant que citoyen qu'ils sont exposés, c'est bien en tant que militaire. Les Français d'origine étrangère ou d'ascendance étrangère sont également dans la même configuration de qualification. Dès lors que l'on identifie une personne - directement car elle le revendique comme dans cette affaire, ou indirectement dès lors qu'on peut l'identifier via un réseau social, ce n'est plus la personne en tant que citoyen qui est incriminée, c'est la personne en tant que représentant de l'entreprise ou de l'institution.

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